La première chose que je dois reconnaître, c’est que je n’avais pas envie de revenir écrire sur le logement. Non pas parce que le problème a disparu. Mais précisément parce qu’il ne cesse de grandir.
Il y a un an, beaucoup d’entre nous pensaient que le débat évoluerait. Que nous laisserions derrière nous les récits simplistes pour commencer à prendre des décisions courageuses.
Mais non seulement rien n’a changé. La situation s’est aggravée. Et lorsqu’une société commence à considérer comme normal qu’une génération entière ait plus de difficultés à accéder à un logement que ses parents, c’est qu’il y a quelque chose de profond qui se fracture.
Nous vivons installés dans une sorte de Matrix collective. Un système où il est plus confortable de choisir la pilule bleue. Celle du récit facile, du coupable désigné, du débat permanent qui évite d’affronter la réalité.
Celle qui nous permet de continuer à penser que le problème du logement, c’est le propriétaire. L’investisseur. Le tourisme. Ou ce voisin qui possède deux appartements en location et qu’il est si simple d’ériger en symbole de tous les maux.
Mais il existe une autre option. La pilule rouge. Celle qui oblige à regarder les chiffres en face, même lorsqu’ils dérangent. À chercher de vraies solutions.
Au cours de la dernière année, le prix du logement en Espagne a progressé d’environ 12,7 %.
Pourtant, si l’on analyse l’évolution réelle des salaires sur les trois dernières décennies, leur hausse dépasse à peine 2,7 %, inflation déduite. Cela signifie que l’accès au logement se détériore bien plus vite que ne s’améliore la capacité économique des citoyens. À cet écart structurel s’ajoute un facteur qui fait rarement la une… la pression fiscale et réglementaire.
Plusieurs analyses situent entre 30 % et 40 % du prix final d’un logement le poids des impôts, taxes urbanistiques et coûts administratifs. Concrètement, pour un bien affiché à 350 000 euros, l’impact fiscal global peut facilement représenter entre 90 000 et 140 000 euros.
Pendant ce temps, l’ensemble du secteur immobilier génère plus de 52 milliards d’euros de recettes publiques par an en Espagne. Il ne s’agit pas de remettre en cause la nécessité de financer les services essentiels. Il s’agit de poser une question dérangeante : avons-nous fait du logement un droit à protéger… ou une ressource à exploiter ?
Dans des territoires insulaires comme Menorca, cette réalité se ressent avec une intensité particulière. Le salaire moyen tourne autour de 23 000 euros bruts par an. Le prix moyen du logement dépasse les 350 000 euros dans de nombreuses zones.
Le taux d’effort nécessaire pour accéder à un logement dépasse déjà 45 % des revenus des ménages. Ce n’est plus une simple tension du marché. C’est un blocage progressif de l’accès au logement.
Mais le vrai problème, ce ne sont pas seulement les chiffres. Ce sont les personnes.
De jeunes couples qui ne demandent plus combien coûte un logement, mais s’ils pourront un jour se le permettre.
Des professionnels qui renoncent à des opportunités parce qu’ils ne trouvent pas où vivre.
Des propriétaires qui hésitent à louer par crainte de l’insécurité juridique.
Des locataires qui vivent avec le sentiment que leur stabilité dépend de décisions extérieures.
Et pendant ce temps, le débat public persiste à diviser. Propriétaires contre locataires. Résidents contre touristes. Investisseurs contre citoyens. Comme s’il était plus simple d’opposer ceux qui font partie de la solution que d’assumer la responsabilité de gouverner.
Le logement n’a pas besoin de davantage de récits idéologiques. Il a besoin d’une véritable sécurité juridique. Il a besoin de plus d’offre, avec des processus urbanistiques agiles et cohérents. Et il a besoin d’une révision honnête du poids fiscal qui pèse sur l’accès à un bien essentiel.
La solution n’est pas simple, mais elle n’est pas impossible. Ce qui est vraiment difficile, c’est d’abandonner le confort de la pilule bleue. Car accepter la réalité implique d’assumer des responsabilités et de prendre des décisions qui ne rapportent pas toujours des voix, mais qui construisent l’avenir.
Aujourd’hui, ce choix est toujours devant nous.
Nous pouvons continuer à débattre des coupables pendant que le problème grandit.
Ou nous pouvons prendre la pilule rouge et décider de regarder la réalité en face, d’agir avec courage et de commencer à résoudre véritablement le problème.
Et vous, quelle pilule choisissez-vous ?

Jose Pons, CEO Bonnin Sanso